HO Hydrologie & OHCours interactif
Exerciseur
§

Cours interactif

Le cours au fil du texte, avec ses figures, ses cartes et ses calculateurs.

1 · Le bassin versant

Délimiter

Le bassin versant d'un franchissement, c'est la surface qui draine vers ce point. L'exutoire n'est donc pas un lieu naturel : c'est l'ouvrage lui-même qui le fixe. Déplacer le franchissement de deux cents mètres change le bassin, donc le débit.

La limite est la ligne de partage des eaux : elle passe par les points hauts, coupe les courbes de niveau à angle droit et se referme sur l'exutoire. Une ligne qui recoupe un talweg est fausse — l'eau la traverserait.

Le bassin topographique n'est pas toujours le bassin réel : en terrain karstique ou sur des formations perméables inclinées, une partie de l'eau passe sous la ligne de crête. Le tracé topographique reste la base du calcul, mais la réserve doit être écrite.

Surface et périmètre

La surface se mesure par planimétrage ou par un logiciel de cartographie. Le périmètre demande plus de précaution : il dépend de la finesse du tracé. Un contour suivi au détail près est plus long que le même contour généralisé — et comme l'indice de compacité est proportionnel à P, il s'en trouve gonflé.

Règle pratique : relever la surface et le périmètre sur la même carte, à la même échelle, et écrire cette échelle dans la note. Un Ic sans son échelle n'est pas comparable à un autre.

La forme : indice de compacité de Gravelius

Ic = P / (2√(πS)) = 0,2821 · P / √S

C'est le rapport entre le périmètre du bassin et celui du disque de même surface. Le disque minimise le périmètre à surface donnée : Ic ne peut pas descendre sous 1,128. Une valeur inférieure n'est pas un bassin exceptionnellement ramassé — c'est une erreur de mesure.

Plus Ic est grand, plus le bassin est allongé, plus les apports arrivent étalés dans le temps : à surface égale, un bassin allongé donne une pointe plus faible qu'un bassin ramassé. C'est pourquoi Ic figure au dénominateur de la formule de Ghorbel.

Le rectangle équivalent

C'est le rectangle qui aurait la même surface et le même indice de compacité que le bassin. Il n'a pas d'existence physique : c'est une longueur de référence, celle que l'on divise pour obtenir l'indice global de pente.

f = Ic√S / 1,128  ·   L, l = f · [ 1 ± √(1 − (1,128/Ic)²) ]

Contrôle immédiat : L × l doit redonner S. S'il ne le fait pas, c'est que Ic est passé sous 1,128 et que le rectangle a dégénéré en carré.

Rectangle équivalent, à l'échelle

km²
km

Le relief : la courbe hypsométrique

On relève, pour une série d'altitudes, la part de la surface du bassin située au-dessus. La courbe obtenue donne d'un coup d'œil le relief, et fournit les altitudes caractéristiques.

AltitudeDéfinitionÀ quoi elle sert
H 5 %dépassée par 5 % de la surfaceborne haute de l'indice global de pente
H 50 % — médianemoitié de la surface au-dessusΔh de Ghorbel, avec l'altitude au franchissement
H 95 %dépassée par 95 % de la surfaceborne basse de l'indice global de pente
H moyennemoyenne pondérée par les surfacesdénivelée moyenne de Giandotti, avec H min

Pourquoi 5 % et 95 % plutôt que H max et H min ? Parce qu'un sommet isolé ou un point bas d'un seul pixel ne représentent presque aucune surface et ne commandent aucun écoulement. Les quantiles écartent ces extrêmes ponctuels.

Deux indices de pente qu'on ne peut pas confondre

Indice global IgPente équivalente Ieq
Formule(H 5 % − H 95 %) / Lrectangle(L / Σ li/√ii
Unitém/km% (m/m)
Ce qu'il décritle relief du bassinle temps de parcours de l'écoulement
Construit surla courbe hypsométrique et le rectangle équivalentle profil en long, bief par bief

La pente équivalente est celle d'un chenal uniforme que l'eau mettrait le même temps à parcourir. Comme la vitesse varie en √i, les biefs plats pèsent lourd dans la somme : on a presque toujours Ieq < D/L, et l'écart se creuse quand le profil est irrégulier.

Ig ≈ Ieq × 10 est un ordre de grandeur, pas une conversion. Sur un petit bassin à profil régulier l'écart reste de l'ordre de 10 % ; sur un bassin à long bief aval plat il dépasse 50 %. Les deux indices alimentent des formules différentes — Ig chez Fersi, Ieq pour le temps de concentration et la classe de pente de l'abaque C.

La densité de drainage

Dd = Σ longueurs du réseau / S  (km/km²)

Elle mesure la finesse du chevelu hydrographique : une densité élevée signale un terrain peu perméable, un ruissellement rapide et concentré. Comme le périmètre, elle dépend de l'échelle de la carte sur laquelle le réseau a été relevé — un 1/25 000 montre des talwegs que le 1/200 000 ignore. La valeur ne vaut rien sans son échelle.

Les trois altitudes à ne jamais confondre

GrandeurDéfinitionOù elle sert
ΔhH médiane − altitude au franchissementGhorbel, zones I à III
HmoyH moyenne − H minGiandotti
Daltitude de tête − altitude de l'exutoire, le long du profilKirpich

Aucune des trois n'est le dénivelé total H max − H min. Employer ce dernier à leur place majore le débit de 30 à 70 % chez Ghorbel, et raccourcit à tort le temps de concentration chez Giandotti.

2 · Les pluies

Mesurer : deux appareils, deux usages

AppareilCe qu'il donneCe qu'on en tire
Pluviomètrele cumul entre deux relevés, en général journalierpluies journalières, séries longues, cartes P10 et P100
Pluviographel'enregistrement continu de la hauteur au cours du tempsintensités sur de courtes durées, courbes IDF (chapitre 3)

Les pluviomètres sont nombreux et leurs séries anciennes ; les pluviographes sont rares et leurs séries courtes. D'où la division du travail : la statistique des pluies journalières s'appuie sur les premiers, les courbes intensité–durée–fréquence sur les seconds.

La série des maxima annuels

Pour caractériser les pluies rares, on ne travaille pas sur toutes les pluies observées mais sur le plus fort événement de chaque année : une valeur par an, autant de valeurs que d'années d'observation. Cette construction garantit l'indépendance des valeurs — deux maxima d'années différentes ne proviennent pas de la même averse.

Une série de maxima annuels ne se complète pas avec les « secondes plus fortes valeurs » d'années pluvieuses : on mélangerait alors des événements dépendants, et l'ajustement en serait faussé. Une année manquante reste manquante, et la longueur effective de la série se dit dans la note.

Ajuster : la loi de Gumbel

Les maxima annuels suivent bien, en climat méditerranéen et semi-aride, la loi de Gumbel. Sa fonction de répartition s'écrit

F(x) = exp[ −exp( −(x − u)/a ) ]  ·   y = (x − u)/a  ·  x = u + a · y

u est le mode et a le gradex, qui mesure l'étalement de la distribution. La variable réduite y est la grandeur dans laquelle la loi devient une droite — c'est tout l'intérêt du papier de Gumbel.

Par la méthode des moments, à partir de la moyenne μ et de l'écart-type σ de la série :

a = σ·√6/π = 0,7797·σ  ·  u = μ − 0,5772·a

La période de retour se relie à la fréquence au non-dépassement par F = 1 − 1/T, d'où la variable réduite déjà rencontrée :

yT = −ln[ −ln(1 − 1/T) ]

Ajuster une série

Juger l'ajustement

On place les valeurs observées sur le papier de Gumbel pour voir si elles s'alignent. La valeur de rang i (1 pour la plus forte) parmi n se voit attribuer une fréquence empirique, dite position de tracage :

F = 1 − i/(n+1)  (Weibull)  ·   F = 1 − (i − 0,5)/n  (Hazen)

Le maximum d'une série de 20 ans se place ainsi à T = 21 ans selon Weibull. Il ne se place jamais à T = 20 ans : la plus forte valeur observée n'a pas une période de retour égale à la durée d'observation.

Une série de n années ne renseigne honnêtement que jusqu'à des périodes de retour de l'ordre de n. Lire un quantile centennal sur vingt ans d'observation est une extrapolation : elle se fait, mais elle s'écrit — et c'est le gradex, pas la moyenne, qui en commande le résultat.

Des points aux cartes

Chaque poste ajusté fournit ses quantiles ; l'interpolation entre postes donne les cartes de pluie journalière régionales, dont P10 et P100 utilisées par la méthode SOGREAH (chapitre 4), ainsi que la carte du seuil de ruissellement P0. Une lecture de carte est donc une valeur ajustée, puis interpolée : deux sources d'incertitude qui se cumulent, et une raison de plus de reporter les coordonnées du point lu.

Pluie ponctuelle et pluie de bassin : l'abattement

La pluie lue en un point n'est pas la pluie moyenne tombée sur le bassin : une averse intense couvre rarement plusieurs dizaines de kilomètres carrés avec la même intensité. Le rapport entre les deux est le coefficient d'abattement, d'autant plus faible que le bassin est grand. Le bulletin FAO n° 54 en donne une forme explicite :

A = 1 − [ (161 − 0,042·Pan) / 1000 ] · log10(S)

Le jeu tunisien n'applique pas de coefficient d'abattement explicite : l'effet de surface y est déjà porté par S0,75 chez SOGREAH et par S dans la méthode rationnelle. Appliquer en plus un abattement reviendrait à compter deux fois la même correction. La notion reste à connaître — elle explique pourquoi le débit spécifique décroît quand la surface augmente.

3 · Averse de projet et temps de concentration

La courbe intensité–durée–fréquence

Ajustée sur les enregistrements d'une station, la courbe IDF se met sous la forme

i = a · t−b · Tc    i en mm/h · t = durée de la pluie, prise égale à tc · T en années

a, b et c sont trois constantes de la station : a fixe le niveau, b la décroissance avec la durée, c la croissance avec la période de retour. La période de retour entre analytiquement : toute valeur de T se calcule, y compris celles qui ne figurent dans aucune table.

Ne pas confondre les deux « c ». Ici c est l'exposant de la période de retour, sans dimension. Dans la variante de Talbot i = a / (t + c)b, c est un décalage de durée, homogène à un temps. Un jeu de coefficients appliqué à la mauvaise forme donne un résultat faux sans qu'aucun contrôle interne ne s'en aperçoive.

Deux règles de manipulation

Unité de la durée. a et b ne valent que dans l'unité de durée du calage. Les deux lectures se déduisent l'une de l'autre par un facteur exact : i(heures) / i(minutes) = 60b, soit environ 13 pour b ≈ 0,63.

Plage de durées. t est borné par le bas par la plus petite durée couverte par l'ajustement, souvent 5 min : une courbe IDF ne s'extrapole pas sous sa durée de calage.

Contrôle d'ordre de grandeur

La lame d'eau i × tc doit rester nettement inférieure à la pluie journalière décennale du site, lue sur la carte P10 — l'ordre du tiers de P10 est courant pour une averse de quelques dizaines de minutes.

Sous climat tunisien, i(T = 10 ans) vaut typiquement 20 à 60 mm/h pour tc de 30 à 60 min. Plusieurs centaines de mm/h sur une durée horaire signalent une erreur de forme ou d'unité, pas un orage exceptionnel.

Tracer la courbe

min
ans
mm
min

Les quatre temps de concentration

FormuleExpressionUnité du résultat
Kirpichtc = 0,0195 · (L³/D)0,385 — L et D en mètresminutes
Venturatc = 76 · √(S/i)minutes
Passinitc = 0,108 · (S·L) / √(i/100)heures
Giandottitc = (4√S + 1,5 L) / (0,8 √Hmoy)heures

Kirpich et Ventura rendent des minutes, Passini et Giandotti des heures : deux colonnes voisines se comparent sinon à un facteur 60 près. Une seule formule est retenue et injectée dans la courbe IDF — le choix doit être écrit.

4 · Débits de projet

Deux voies indépendantes

La voie rationnelle passe par la pluie de projet : morphométrie → temps de concentration → intensité → débit. Les régionalisations court-circuitent la pluie et relient directement le débit aux caractéristiques du bassin. C'est leur confrontation qui fait la qualité de l'estimation, jamais une méthode seule.

Q = 0,278 · C · i · S   Q en m³/s · i en mm/h · S en km²   (domaine : S < 4 km²)

Le coefficient de ruissellement

Classe de penteindice 1indice 2indice 3
faible (0–2 %) ou moyenne (2–8 %)0,400,500,60
forte (> 8 %)0,500,600,70

Indice de végétation selon la part du bassin couverte : 1 = plus de 50 % · 2 = 30 à 50 % · 3 = moins de 30 %. Le tableau a deux lignes, pas trois : seule la frontière à 8 % change le résultat. Q étant linéaire en C, un changement d'indice vaut 20 % de débit.

Lire l'abaque

%
%

SOGREAH et ses cartes

PT = P10 + (YT − 2,25)/(4,60 − 2,25) · (P100 − P10)   puis   QT = S0,75 · (PT − P0) / 12

Trois lectures de cartes suffisent. On lit au centre de gravité du bassin, jamais au franchissement ; les zones sont des plages, sans interpolation ; et la lecture se reporte dans la note avec les coordonnées du point lu. Contrôle obligatoire : P0 < P10 < P100.

Carte du seuil de ruissellement P0
Seuil de ruissellement P0 — zones 10 à 50 mm. Planche redessinée, couverture Centre et Sud.
Carte de la pluie journalière décennale P10
Pluie journalière décennale P10 — zones 40 à 110 mm.
Carte de la pluie journalière centennale P100
Pluie journalière centennale P100 — zones 70 à 250 mm.

Deux traits à retenir : le seuil de ruissellement croît vers le Sud — sols secs et perméables, il faut plus de pluie avant que le ruissellement démarre — tandis que la pluie journalière rare croît vers la côte Est et le Sud-Est. Les deux effets se combinent dans (PT − P0).

Les régionalisations tunisiennes

MéthodeFormeDomaine
Ghorbel I–IIIQmax = S0,8[1,075·√(P·Δh/L)/Ic − 0,232], puis QT = RT·QmaxT tabulés 2, 5, 10, 20, 50, 100
Ghorbel IV–VQmax = 85 · log(S)zone V peu testée
KallelQ = q0 · Sα · T0,41S ≥ 100 km², tout T
FersiHe → Qx moy → QxT = yT·[S·Ig/270]−0,423·Qx moypluie ≤ 400 mm, secteurs Sud
FriguiQ = λp · Am/(S+1)n · Sλ calé 2, 5, 10, 50 ans
Francou–RodierQ = 106 · (S/108)1−K/10enveloppe, S ≥ 100 km²
Δh de Ghorbel ≠ Hmax − Hmin. Δh est l'écart entre l'altitude médiane du bassin et l'altitude au franchissement. Le dénivelé total vaut couramment le double, et comme Δh entre sous une racine puis que le terme est amputé d'une constante, la confusion gonfle le débit de 30 à 70 % — sans que rien, dans le résultat, ne le signale.

Synthèse et débit retenu

N'entrent dans la synthèse que les méthodes réellement applicables : une valeur calculée hors domaine n'est pas une estimation. On calcule min, médiane et max ; au-delà de CV = 50 %, la médiane seule ne suffit plus. Et même sous ce seuil, il faut regarder la structure du faisceau : deux couples cohérents très éloignés l'un de l'autre donnent une médiane qui ne correspond à aucune méthode.

5 · Période de retour et choix de l'ouvrage

Ce qu'une période de retour dit — et ne dit pas

Dimensionner pour T = 100 ans ne veut pas dire « une fois par siècle », et encore moins « jamais pendant la vie de l'ouvrage ». La période de retour fixe une probabilité annuelle de dépassement, égale à 1/T. Sur une durée de vie de n années, le risque d'au moins un dépassement vaut

R = 1 − (1 − 1/T)n

C'est ce chiffre, et non la période de retour, qui se discute avec le maître d'ouvrage : à T = 50 ans sur 30 ans de service, la crue de projet est dépassée avec une probabilité de 45 %. Dimensionner n'est pas garantir ; c'est choisir un risque et savoir lequel.

Risque sur la durée de vie

ans
ans

La règle : note circulaire DGPC N°1054/2019, §4

Le choix n'est pas laissé à l'appréciation : il est fixé par la catégorie de la route, le type d'ouvrage, la surface du bassin et le trafic. Trois cas tranchent avant tout examen du trafic.

CasT retenu
Ouvrage submersible ou semi-submersible, quelle que soit la route100 ans
Autoroute, route express, rocade100 ans
Route classée (RN, RR, RL) + ouvrage d'art (pont, cadre)100 ans
Route classée + dalot / buse / autre formetableau ci-dessous
Piste rurale — seule la surface compte, le trafic est ignoréS < 10 km² : 30 · 10 ≤ S < 100 : 50 · S ≥ 100 : 100

Route classée, dalot ou buse — croisement du TJMA à l'horizon du projet (deux sens) et de la surface du bassin :

TJMA \ SS < 10 km²10 ≤ S < 100 km²S ≥ 100 km²
TJMA ≤ 6503050100
650 < TJMA ≤ 33005050100
TJMA > 3300100100100

Deux lectures à retenir : la surface pèse autant que le trafic — au-delà de 100 km² c'est 100 ans quel que soit le trafic — et le caractère submersible l'emporte sur tout le reste, y compris sur une piste peu fréquentée.

Déterminer T

km²
v/j

La conséquence que l'on n'attend pas

La note produit couramment T = 30 ans — petit dalot, faible trafic, bassin de quelques km². Or aucune des régionalisations tunisiennes n'est calée à 30 ans : Ghorbel, Fersi et Frigui reposent sur des tables de quantiles qui ne contiennent pas cette période. Il ne reste alors que Kallel (analytique), SOGREAH (interpolation de Gumbel) et Francou–Rodier (la période est portée par K).

Ce n'est pas une anomalie à contourner : c'est le domaine des méthodes qui s'arrête là. Interpoler entre deux périodes tabulées produirait un débit invérifiable — les publications n'en donnent pas la règle. La bonne réponse est d'écrire que la méthode ne s'applique pas à cette période de retour, et de dimensionner avec celles qui restent.

Ce qui doit figurer dans la note

La catégorie de la route et le type d'ouvrage, le TJMA retenu et son horizon, la surface du bassin, la période de retour qui en découle, et — si le maître d'ouvrage demande autre chose que la note — le risque correspondant sur la durée de service. Une période de retour sans ces quatre entrées n'est pas justifiable.

6 · Hydraulique des dalots et des buses

Ce qu'on demande à l'ouvrage

Faire passer le débit de projet sans que l'eau amont ne monte au-delà de ce que la route accepte. Tout le calcul consiste donc à répondre à une seule question : à quelle hauteur l'eau monte-t-elle à l'amont pour que le débit passe ? Cette hauteur se note HW, comptée depuis le radier d'entrée.

Deux contrôles, un seul résultat

L'écoulement peut être limité en deux endroits, pour deux raisons sans rapport :

Contrôle à l'entréeContrôle à la sortie
Ce qui limitela section d'entrée elle-même : l'ouvrage n'avale pas plusl'aval et les pertes : l'ouvrage n'évacue pas plus
Ce dont ça dépendforme et géométrie de la tête, pentelongueur, rugosité, niveau aval, pertes d'entrée et de sortie
Ce qui n'intervient pasni la longueur, ni la rugosité, ni l'avalle détail de la tête n'intervient que par Ke

HW = max( HWentrée , HWsortie )

Les deux calculs sont indépendants et menés jusqu'au bout tous les deux ; c'est le plus grand qui commande, et c'est lui qu'on retient. Un ouvrage court et raide sur une sortie libre est presque toujours contrôlé à l'entrée ; un ouvrage long, rugueux ou noyé à l'aval passe sous contrôle à la sortie.

Contrôle à l'entrée

On passe par une intensité adimensionnelle du débit :

X = 1,811 · q / ( Apleine · √D )   (q = débit par cellule)

puis, selon que l'entrée est dénoyée ou noyée :

dénoyée : HW/D = Ec/D + K·XM + Kpente·J
noyée   : HW/D = C·X² + Y + Kpente·J

Entre X = 1,93 et X = 2,21, on interpole linéairement entre les deux formes. Cette zone n'est pas une frontière physique : c'est un raccord entre deux ajustements, et il vaut mieux le dire que de laisser croire à un basculement net.

Kpente vaut −0,50 partout sauf une entrée. Une pente plus forte abaisse la charge nécessaire — sauf pour l'entrée métallique coupée suivant le talus, où le coefficient vaut +0,70 : la pente y relève la charge. C'est la seule exception du tableau, et elle se vérifie.

Contrôle à la sortie

C'est une équation d'énergie : on part du niveau aval et on remonte en ajoutant les pertes, moins la dénivelée du radier.

pertes = (Ke + Ks)·V²/2g + Jf·L  ·   HW = h0 + pertes − J·L

La hauteur de départ h0 dépend de l'état de la sortie : si la sortie est noyée, c'est le niveau aval TW lui-même, et la ligne d'énergie est continue depuis l'aval. Sinon, on prend h0 = max(TW, (yc + D)/2) — c'est l'approximation FHWA, qui n'est valable que si le résultat reste au-dessus de 0,75 D. En dessous, il faut un vrai calcul de remous.

La condition aval

Le niveau aval TW ne se devine pas : il vient soit d'une PHE connue, soit d'un calcul du chenal récepteur, soit de l'hypothèse assumée d'une sortie libre. Ce mode se choisit ; l'état de la sortie, lui, se déduit :

Profondeur avalÉtat de la sortie
TW ≈ 0libre
0 < TW < Dpartiellement noyée
TW ≥ Dnoyée — énergie en pleine section
État constaté et influence effective sont deux choses. Entre 0 et yc, il y a de l'eau à la sortie — l'état n'est donc pas « libre » — mais la ligne d'eau n'en dépend pas encore : l'aval ne commande qu'au-delà de la profondeur critique. L'un décrit ce qu'on constate, l'autre ce qui pilote le calcul.

Régime dans l'ouvrage

La profondeur critique yc sépare les régimes : au-dessus l'écoulement est fluvial, en dessous torrentiel. On la compare au tirant normal yn, donné par Manning-Strickler. Si la pente du radier dépasse la pente critique, l'écoulement est torrentiel dans l'ouvrage et un ressaut peut se former à la sortie, là où il rencontre le niveau aval. L'avertissement n'est pas bloquant, mais il commande la protection à prévoir en aval (chapitre 8).

Vitesse admissible

La vitesse en sortie décide de l'érosion du lit récepteur. L'ordre de grandeur couramment retenu est 3 m/s ; la valeur exacte dépend du matériau du lit et des prescriptions du maître d'ouvrage — c'est un réglage de projet, pas une constante. Au-delà, il faut soit élargir l'ouvrage, soit protéger la sortie.

Calculer un ouvrage

m³/s
m
m
m
%
m

Les abaques : l'abaque dit le matériau, l'échelle dit l'entrée

C'est le piège de nomenclature le plus courant. Les planches sont organisées par matériau — béton, métal ondulé, bague biseautée — et chacune porte plusieurs échelles, une par type de tête. Les trois entrées en béton ne sont donc pas « les abaques 1, 2 et 3 » : ce sont les échelles 1, 2 et 3 d'un même abaque. Une référence d'entrée s'écrit toujours en deux morceaux : abaque n, échelle x.

Ne pas confondre les K

SymboleCe qu'il désigneOù il intervient
K (Strickler)rugosité de la paroi, en m1/3/sManning : tirant normal, pertes de frottement
Keperte de charge à l'entréecontrôle à la sortie uniquement
Ksperte de charge à la sortie, 1 par défautcontrôle à la sortie uniquement
Kpentecorrection de pente, sans dimensioncontrôle à l'entrée uniquement

Les quatre portent la même lettre et n'ont ni les mêmes unités, ni le même rôle, ni le même contrôle. Ke et Ks n'apparaissent jamais dans le contrôle à l'entrée ; Kpente n'apparaît jamais dans celui à la sortie.

Chapitres en préparation

Les chapitres 7 et 8 sont en cours de rédaction. Leur plan est visible depuis l'accueil.